Carnet littéraire

Billets d'humeurs et Littérature

1/13/2012

Catherine Mavrikakis : Échographies américaines

Publié par Mélanie |


Des lectures publiques de l’oeuvre de Catherine Mavrikakis auront lieu à la librairie Raffin le jeudi 19 janvier dès 17h. Marie-Christine Lemieux-Couture, Mathieu Arsenault, Sara Leblanc seront les lecteurs pour l’occasion.

Une discussion suivra avec l’auteure à 19h15. La peine capitale aux États-Unis, le rêve américain et l’engagement politique ou littéraire sont des thèmes qui seront abordés.

Gratuit
Ouvert à tous
Librairie Raffin
6330, rue St-Hubert (entre les rues Beaubien et Bellechasse)
Métro Beaubien



Blue Bird
there’s a bluebird in my heart that
wants to get out
but I’m too tough for him,
I say, stay in there, I’m not going
to let anybody see
you.
there’s a bluebird in my heart that
wants to get out
but I pour whiskey on him and inhale
cigarette smoke
and the whores and the bartenders
and the grocery clerks
never know that
he’s
in there.

there’s a bluebird in my heart that
wants to get out
but I’m too tough for him,
I say,
stay down, do you want to mess
me up?
you want to screw up the
works?
you want to blow my book sales in
Europe?
there’s a bluebird in my heart that
wants to get out
but I’m too clever, I only let him out
at night sometimes
when everybody’s asleep.
I say, I know that you’re there,
so don’t be
sad.
then I put him back,
but he’s singing a little
in there, I haven’t quite let him
die
and we sleep together like
that
with our
secret pact
and it’s nice enough to
make a man
weep, but I don’t
weep, do
you?

- Charles Bukowski

Bien plus qu’un simple roman policier, avec Polynie, Mélanie Vincelette nous dresse un portrait du grand nord rude et beau.


«Une polynie est un trou éternel dans la glace. Une source de vie et de nourriture inespérée dans l’hiver polaire. L’ouverture est entretenue par les vents et les courants, mais aussi les baleines, doivent remonter à la surface toutes les vingt minutes pour respirer.»

Le frère d’Ambroise Nicolet est assassiné dans le grand Nord, sur l’île de Baffin. Le corps est retrouvé par Lumi, une effeuilleuse du bar d’un hôtel, le Cercle polaire. Soupçonnée du crime, elle est arrêtée. Ambroise est cuisinier pour une petite mine d’or à deux jours de traîneau d’Iqualuit. C’est lui le narrateur. Bien sûr, il y aura un subtile dévoilement des indices du crime par une journaliste délurée de l’endroit, mais le fil d’Ariane est plutôt les déchirements intérieurs du narrateur. Ambroise aime en silence la glaciologue Marceline. Il n’a jamais osé lui révéler son amour pour elle. Qui sont les ennemis de son frère ? Lui, qui affirme que les Chinois ont découvert l’Amérique et qui en possède la preuve.

Polynie n’est pas un polar dans le sens strict du terme, ni même un roman policier.  L’intrigue n’est pas policière, bien qu’il y ait mystère. Elle se situe davantage dans le dévoilement des liens fraternels qui existent entre Ambroise et son frère.

L’auteur nous donne à lire un véritable roman sur la vie peu commune dans le fabuleux archipel polaire canadien. Écrit de façon subtile et originale, Polynie est en quelque sorte un voile levé sur un territoire inconnu et secret. C’est un roman où l’on respire le grand nord à chaque phrase.

Polynie est l’un des cinq romans en lice pour  le prix des Collégiens de l’édition 2012.

1/02/2012

Un détour par Nabokov pour commencer 2012

Publié par Mélanie |

«There is no science without fancy, and no art without facts

« Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta. She was Lo, plain Lo, in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolly at school. She was Dolores on the dotted line. But in my arms she was always Lolita.
 Did she have a precursor? She did, indeed she did. In point of fact, there might have been no Lolita at all had I not loved, one summer, a certain initial girl-child. In a princedom by the sea. Oh when? About as many years before Lolita was born as my age was that summer. You can always count on a murderer for a fancy prose style. Ladies and gentlemen of the jury, exhibit number one is what the seraphs, the misinformed, simple, noble-winged seraphs, envied. Look at this tangle of thorns. »
Extrait de Lolita 

 Le plus célèbre et le plus controversé des romans de Nabokov est certainement Lolita, qui raconte l'histoire du vieillissant Humbert Humbert et sa passion dévorante pour la jeune, très jeune, trop jeune Dolores Haze. Lolita est également l'histoire d'un Européen hypercivilisé, se heurtant avec le barbarisme joyeux de l'Amérique d'après-guerre. Mais plus que tout, c'est une méditation sur l'amour -- l'amour comme attentat et hallucination, folie et transformation.

Après avoir essuyé plusieurs refus dans l'Amérique puritaine, Lolita fut d'abord publié en France par les Presses Olympia en 1955. Sa publication généra une tempête d'indignation morale, ainsi qu'un support significatif pour ses qualités artistiques. Ce n'est qu'en 1958 que le roman est publié aux États-Unis. Malgré les cris des brûleurs de livres, le livre donna immédiatement à Nabokov de la notoriété et devint un bestseller. Nabokov était sur la voie de l'indépendance financière.

Nabokov emprunte des ruses narratologiques comme lui seul sait le faire. Une préface nous informe que ce qui nous sera donné à lire est le manuscrit d'un prisonnier. Le roman nous est ainsi présenté comme la confession écrite en prison de Humbert Humbert, d'origine suisse, détenu en attente d'un jugement pour meurtre. Le manuscrit est écrit à la fois comme une défense à lire devant le jury qui va le juger pour meurtre, et comme un journal des émotions de Humbert Humbert.

***

Lolita est certainement le roman le plus troublant du vingtième siècle: d'abord, il nous raconte une histoire immorale. Ce qui fait de ce roman particulièrement inquiétant est le fait que la perversion de Humbert est travestie dans un vêtement hautement poétique, et que le narrateur de l'histoire, du début à la fin, est le pervers (doué) lui-même. Mais rien dans ce livre n'est fait pour exciter sexuellement le lecteur. Un auteur pornographique aurait décrit l'excitation sexuelle du narrateur en détail. La première scène érotique du livre est le premier amour d'Humbert, encore adolescent et Annabel Leigh (notez la référence à Annabel Lee de Poe), une jeune fille du même âge que Lolita :

« She sat a little higher than I, and whenever in her solitary ecstasy she was led to kiss me, her head would bend with a sleepy, soft, drooping movement that was almost woeful, and her bare knees caught and compressed my wrist, and slackened again; and her quivering mouth, distorted by the acridity of some mysterious potion, with a sibilant intake of breath came near to my face. She would try to relieve the pain of love by first roughly rubbing her dry lips against mine; then my darling would draw away with a nervous toss of her hair, and then again come darkly near and let me feed on her open mouth, while with a generosity that was ready to offer her everything, my heart, my throat, my entrails, I gave her to hold in her awkward fist the scepter of my passion. »

Nabokov renverse la situation, faisant d'Annabel le point central du texte. Tout le long du livre, l'auteur emprunte de complexes stratégies narratives ainsi que des jeux phonétiques et métaphoriques pour transgresser l'interdit contre la représentation du sexe dans le contexte romanesque et poétique. Selon le nabokologue, Maurice Couturier, Nabokov fusionne trois modes d'écriture: les modes pornographique, comique et ironique. Les auteurs pornographes se moquent des lois morales, religieuses et politiques. Quant à Nabokov, il les prend au sérieux et exploite les interdits pour créer des structures qui séduisent éventuellement le lecteur. Pour en savoir plus sur le sujet, je vous conseille de lire simplement Nabokov aux éditions L'Âge d'homme, 1979.

Lolita est d'abord et avant tout une oeuvre de langage. Il suffit de lire les premières phrases du roman ( mentionné ci-haut). C'est le seul roman qu'il a écrit en anglais pour ensuite le traduire en russe. En raison de sa profonde connaissance du langage et de la littérature, il a créé un miroir imaginaire dont le sérieux était allégé par un langage ingénieux : jeux de mots, glissements de sens, chausse-trapes qui font passer d'une langue à une autre, essentiellement de l'anglais dans le russe. Nabokov parlait et lisait trois langues : le russe, l'anglais et le français, mais il les écrivait aussi. Les jeux de mots et allusions polyglottes caractérisent son oeuvre et lui donnent une tonalité propre.

***

À notre époque de spécialisation étroite, le génie de Nabokov fut d'être capable de voir qu' «il n'y a pas de science sans fantaisie, et pas d'art sans réalité.» Sous l'oeil de l'entomologiste, le monde contenait une profusion de juxtapositions bizarres, de camouflages, et d'artifices qui dissimulaient de fascinantes vérités. Nabokov fut un prodigieux illusionniste. Dans sa vie comme dans son œuvre, Nabokov s'appliqua à être multiple. Dandy, joueur de tennis émérite, professionnel de l'échiquier, cruciverbiste, la nomenclature de son quotidien étonne par sa variété.

Plusieurs nabokologues considèrent que Nabokov a écrit trois chefs-d'oeuvre: "The Gift", écrit en Russie et publié pour la première fois en 1936, "Lolita "(1955), et "Pale Fire" (1962). Il a écrit 14 romans, des centaines de poèmes, des douzaines de nouvelles, des pièces de théâtre, des traductions, des critiques et sans oublier ses articles scientifiques sur les papillons.

***


Après avoir lu Lolita de Nabokov, pourquoi ne pas relire Lolita, mais racontée par elle-même ? La romancière italienne Pia Pera a choisi de réécrire Lolita à sa manière. Lo's Diary. Cette fois-ci, c'est la célèbre héroïne de Nabokov qui prend la plume. Par son journal intime, l'adolescente en révolte raconte son aventure avec Humbert Humbert. Pour la romancière Pera, Lolita n'est pas morte. Contrairement au final de Nabokov, elle se marie, a un enfant et se présente devant l'éditeur de l'Olympia Press. Ce roman pastiche est un clin d'oeil intelligent à l'oeuvre de Nabokov.







        Je suis invitée à une belle aventure, celle de bloguer pour le journal web de Voir. Je suis bien heureuse que le Voir ait pensé à moi et je les remercie. J’aurai donc le plaisir de partager l’espace web avec d’autres blogueurs que vous connaissez peut-être déjà. Veuillez visiter la présentation du directeur du développement des nouveaux médias, Simon Jodoin : Première liste des blogueurs qui se joindront au Voir et à notre programme de remise des revenus publicitaires.  Allez jeter également un coup d'oeil aux blogues des blogueurs choisis. Cela vous donnera déjà un avant-goût de ce qui vous attend en janvier. D’autres noms s’ajouteront à cette liste bientôt.

Inutile de vous dire que j’ai bien hâte de commencer. Je bloguerai un peu sur la littérature bien évidemment, mais aussi sur différents sujets d’actualité qui me tiennent à coeur. J’ai déjà quelques idées en tête. Je ne vends pas la mèche tout de suite.

Je vous assure que Carnet littéraire sera maintenu, mais à un rythme que je ne peux prédire. Entre mes études universitaires, Voir, Quartier Libre, sans oublier mon amoureux, je suis une femme plutôt occupée. Devrai-je donc m’armer d’une calculette pour gérer mon temps ? J’espère bien que non.

Je profite de l’occasion pour vous souhaiter un joyeux temps des fêtes. Si vous n’avez pas terminé d’acheter vos cadeaux, voici quelques suggestions :


Maus de Art Spiegelman : une histoire de la deuxième guerre mondiale où les nazis sont des chats.


Paul au Parc   : Vous savez qui c'est. :) 

Le sablier des Solitudes de Jean-Simon Desrochers. J'en parle ici »

La biographie de Gaston Miron de Pierre Nepveu  






Les douzes hommes rapaillés 

L'argot d'éros de Robert Giraud. J'en parle ici »


12/06/2011

Au revoir Louky

Publié par Mélanie |

Auteure phare de la littérature féministe n’est plus. Louky Bersianik, auteure méconnue aujourd'hui et ignorée des critiques à une certaine époque, est décédée le 3 décembre à l’âge de 81 ans. 


À la fois poète, romancière et essayiste, elle est née en 1930 à Montréal sous le nom de Lucille Durand. Au début des années 50, elle fait des études en lettres françaises à l’Université de Montréal où elle obtient sa maîtrise. Puis en 1953, elle s’inscrit au doctorat à la Sorbonne. Par la suite, elle s’inscrit au centre d’études de radio et de télévision d’Issy-les-Moulineaux où elle obtient un diplôme en 1960. Elle séjourne à Paris de 1953 à 1960. Elle écrit alors plusieurs récits pour enfants. Elle fait des stages dans les studios de cinéma d’animation tchèques, italiens et français. De retour au Québec, elle crée en 1964 le Bureau spécialisé de Documentation journalistique du Cegep du Vieux-Montréal. Louky Bersianik a écrit des textes pour la radio, la télévision et le cinéma.

C’est en  1976 que L’Euguélionne est publié. Il est le premier grand livre féministe au Québec. Il a donc été qualifié de «bible féministe» par certains. Dans ce livre d’un genre hybride mêlant essai philosophique et fiction, le personnage retrace toutes les formes d’oppression subies par les femmes à travers les siècles.


L’Euguélionne ( celle qui porte la bonne nouvelle) vient sur terre, à la recherche du «mâle de son espèce».  À la fois une satire, une bible féminine, un manifeste, une nouvelle grammaire, un poème, un pamphlet, c’est un livre de la révolution féminine. C’est une oeuvre majeure qui a fait grand bruit.

Extrait : « 1006. Car, dit l’Euguélionne, j’ai constaté avec tristesse que rien n’est plus caricatural qu’une femme sur votre planète. Parce qu’elle est censée être ceci et cela, d’abord être jeune, puis mesurer ceci, peser cela, avoir l’air de ceci, sourire comme cela, porter ceci, se tenir comme cela. Et comme c’est la minorité qui est capable de supporter tous ces masques et parce qu’on n’est jeune qu’une fois, il en résulte que la femme est une véritable caricature, en fait ou en puissance. Il faut que les Hommes – qui ne sont déjà pas tellement drôles – s’amusent aux dépens de quelqu’un  ! » (Page 311)

En 1980, Louky Bersianik collabore à l’écriture de textes de chansons de Richard Séguin pour l’album Trace et contraste. L’année suivante, Richard Séguin remporte le prix de la meilleure chanson à Antibes avec Chanson pour durer toujours. Il remporte également le prix de premier disque à Spa en Belgique.

Les autres ouvrages de Bersianik n’ont pas connu le même retentissement que L’Euguélionne. Il y a eu Maternative (1980) où elle invente le mot clitorivage pour décrire le sexe féminin.
Extrait de Maternative :


« LA SPLENDEUR

laisse-moi t’approcher
laisse-moi te toucher toute et te fragmenter par
petites touches
laisse-moi ma plurielle de fond en comble te
dévaster
trouver réunies au secret ma soif et mon ruisseau
ma verdure et ma faim
lécher jusqu’au cœur notre vaste complot
laisse mon corps immobile entrer chez lui par les
seuils incalculables de ton corps inamovible
laisse s’accomplir à l’infini vertigineux du temps
vertical cette opération-extase infiniment longue et
infiniment aimable
que mon désir me conduise à tes seins et que le
satin soit la doublure de ma bouche tissé sur ton cœur
battant
laisse-moi connaître ton sexe et qu’il soit ou non
de velours laisse-moi le bercer
laisse-moi recueillir l’huile prodigieuse de cette
amande douce pour en lisser les feuillages de ta vulve
laisse-moi naviguer en toi
laisse-moi faire ce naufrage dont nous rêvions et
laisse-moi en ta perdition
laisse-moi aborder au clitorivage heureux de ton
corps heureux laisse-moi m’y reposer
laisse-moi me reposer en toi de cette définitive
splendeur »

Il y a eu aussi Axes et eau/poèmes de "La bonne chanson", (1984), Kerameikos, 1987, La Main tranchante du symbole, (1989), Le Pique-nique sur l’Acropole, (1992).

Selon Mélissa Guillemette dans Le Devoir, l’auteure écrivait toujours, même jusqu’à ses derniers instants. Elle avait d’ailleurs un projet de recueil de tous ses poèmes et planifiait rééditer L’Euguélionne.

Je convie les jeunes femmes à lire L’Euguélionne. C’est une oeuvre incontournable qui aura toujours un écho vibrant.  


Autre articles à lire :

12/02/2011

Le temps file...

Publié par Mélanie |

À cause de mes études universitaires, je trouve de moins en moins le temps de lire et d’écrire. Mes projets d’écriture sont sous le tapis. Disons que pour être plus précise, je continue d’écrire, mais je le fais surtout pour mon amoureux. Je compose des poèmes et des textes que je lui envoie par courriel. Je ne les publie pas ici sur mon blogue parce que je ne veux pas dévoiler mon intimité, vous comprendrez. Ce que nous nous envoyons, c’est sacré.

Mon projet de roman est donc sur le carreau depuis un bon moment. Il sèche. Par contre, un autre projet est né. J’écris désormais des contes érotiques cruels. Ils sont courts et percutants. Étranges aussi. Je me dis que si je continue comme ça, je vais pouvoir en faire un recueil. Je crois que c’est un passage obligé pour moi de maîtriser la brièveté, avant de me lancer dans un projet romanesque. La charge de travail est tout autant ardue. L’art du bref est incroyablement difficile, mais semble-t-il, que j’ai le talent pour ça. Dixit mon amoureux.

Ainsi, j’espère que pendant les vacances des fêtes, je pourrai davantage lire pour nourrir mon blogue.  Puis j’aimerais me trouver du temps pour m’avancer dans mes projets d’écriture.

Précision : j’ai décidé que je ne parlerai pas du roman de Defalvard. Depuis qu’il a dit que le roman est facho, j’ai en horreur ce jeune écrivain. On peut l‘excuser en raison de son jeune âge... Ce n’est pas jojo être jeune de nos jours, surtout quand on est écrivain en plus. Enfin bref, passons...

On présente au TNM une pièce triste et sauvage de l’un de nos grands auteurs québécois : HA ! HA ! de Réjean Ducharme. L'auteur fait un théâtre de la parole, contrairement, à Robert Lepage, pour ne pas le nommer, qui fait un théâtre de l’image. Mais n’est-ce pas ce que cela devrait être ? Une fête de la parole et du jeu.

Le spectateur assiste à une descente aux enfers de quatre personnages bien vivants, mais qui n’ont pas d’allure. Le «sapadallure» de l’auteur reviendra d’ailleurs souvent dans la bouche de ses énergumènes décadents. Le décor ressemble plus à un squat qu’à un appartement. Pourtant il y a le téléphone qui sonne parfois.

Il y a ce poète déchu nommé Roger – notez l’ironie ici -  qui s’affale sur son lazy boy et qui nous livre une messe noire des mots. Tout cela est bien rendu par l’acteur François Papineau. Sophie, la méchante, jouée par Anne-Marie Cadieux, ne cherche qu’à s’amuser. Marc Béland est dans la peau d’un Bernard sempiternellement soûl et pathétique. Mimi, la niaiseuse, interprétée par Sophie Cadieux est le seul personnage fragile. On verra que ce flot de langage anarchique culminera vers l’immolation de l’être vulnérable de la  bande.

Qu’est-ce que fait Ducharme dans cette pièce ?  Que fait-il naître de ce langage poétique qui mêle joual, mots de nature littéraire et mots d’anglais ? Il nous présente cette « médiocrité sans fond » où les sapadallures sont maîtres. C’est ni plus ni moins une «tragi-comédie de notre médiocrité» pour emprunter la phrase de Dominic Champagne, le metteur en scène.

Même quand on touche le fond du fond de cette « médiocrité sans fond », il y a toujours la révolte dans le langage, seule beauté possible, semble-t-il.

C’est une pièce de théâtre à laquelle je vous invite à aller voir, mais aussi à lire.

Michael Fortin a partagé un très beau vidéo sur les écrivains qui étaient à Occupons Montréal dernièrement. Le voici ici :

Un message de Victor-Lévy Beaulieu concernant la médaille qu'il a reçu hier à l'Assemblée Nationale.

____________________________ 


On pourra désormais dire de moi que je suis un chien perdu sans collier mais avec médaille. Si j’ai accepté d’être ainsi honoré par l’Assemblée nationale du Québec, c’est évidemment par respect pour Madame Lisette Lapointe, députée indépendantiste et indépendante de Crémazie, pour Madame Louise Beaudoin, M. Pierre Curzi et M. Jean-Martin Aussant qui ont démontré, en démissionnant du Parti québécois, qu’ils mettaient les intérêts supérieurs de la nation au-dessus de toute partisannerie électoraliste. Ils ont démontré également que l’idée d’indépendance est d’abord une passion et que toute passion ne doit s’accommoder d’aucun compromis. Ils ont ainsi entériné ce mot de Samuel Butler qui a dit : « Pas de nationalité sans littérature et pas de littérature sans nationalité. »
J’admire le courage qui est le leur, car il est le courage de notre être identitaire, qui est profondément enraciné, autant dans la terre que dans le ciel québécois. Les premiers députés qui ont siégé au Parlement, dois-je le rappeler, ont dû eux aussi faire preuve de beaucoup de courage, ne serait-ce que pour faire de la langue française, après de durs débats, la langue d’usage de ce qu’on appelait alors l’Assemblée législative.  Cet entêtement a permis à Jean-Antoine Panet d’être élu orateur de la Chambre malgré le fait qu’il était unilingue français dans une assemblée que les Anglophones dominaient. Sans cet entêtement, le Québec serait-il aujourd’hui une société dont la langue officielle est le français? Et sans l’entêtement de Louis-Joseph Papineau, qui succéda à Jean-Antoine Panet, l’idée d’indépendance serait-elle encore cette utopie qu’il faut réaliser si nous ne voulons pas disparaître dans les débris de l’histoire des autres?
Le visionnaire Nicolas Ledoux a dit : « Il ne faut pas désespérer, car le chaos progresse. » Et le chaos progresse d’autant mieux quand on dit oui à la vie, à soi-même et aux autres, à l’intelligence et à l’émotion, à la raison et à la passion. Quand nous mettrons enfin tout cela dans la grande marmite de notre utopie, n’ayez aucune inquiétude : l’indépendance se fera, l’utopie d’un monde tout à fait nôtre se réalisera : nos mots chanteront et danseront, portés par ce courage,  par cette vaillance et par cet acharnement qui sont le prix de la liberté!
Je m’en voudrais de terminer ce petit mot sans rappeler que l’Assemblée nationale du Québec n’a toujours pas réparé l’énorme injustice qu’elle a faite au parlementaire M. Yves Michaud en adoptant à l’unanimité, et sans même la discuter, une motion de blâme à son endroit, ce qui est inadmissible dans une institution dont le devoir « est de soutenir dans toute occasion l’honneur et la dignité de la Chambre, les droits et les privilèges du peuple ». Cet honneur et cette dignité, l’Assemblée nationale l’a perdu en condamnant l’un de ses parlementaires injustement : on agit injustement quand on condamne quelqu’un sans même prendre le temps de lire les propos qu’on lui reproche!
Il m’apparaît donc urgent que tous les parlementaires de notre Assemblée nationale réparent l’outrage sans précédent fait par-devers M. Yves Michaud qui a droit,  beaucoup plus que plusieurs d’entre nous, à sa dignité et à son honneur.

Victor-Lévy Beaulieu, mercredi le 23 novembre
À l’occasion de la remise de la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec

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